Kali Uchis, la vraie bombe latine

Qui peut se vanter d’avoir, à même pas 27 ans, collaboré avec Kaytranada, Tyler The Creator, Snoop Dogg, Kevin Parker et Damon Albarn, et gagné un Grammy Award ? Récit de l’ascension digne du rêve américain de Kali Uchis.

 

Kali Uchis, la vraie bombe latine

 

Née aux Etats-Unis d’une mère américaine et d’un père mexicain, Kali Uchis grandit en Virginie, dans une famille ouvrière. Elle prend des cours de jazz, de piano et de saxophone, explore la vidéo et la photo, mais son comportement fantasque et peu respectueux des règles de la maison lui vaut d’être expulsée de chez elle à l’adolescence. S’ensuit quelques années de galère où elle survit dans sa voiture, tout en continuant de composer sur son ordinateur, et sort une mixtape, Drunken Babble, en 2012. Et là, la déflagration se produit.

Sa mixtape casse internet et se retrouve dans des chroniques élogieuses, jusqu’aux oreilles de Snoop Dogg, qui lui proposera un feat, sur On Edge. Elle étonne par sa capacité à mélanger les genres, le r’n’b, le reggae, et sa voix chaude et lancinante séduit. Elle sort dans la foulée son premier album, Por Vida, en 2014, sur lequel figure la fameuse chanson Sycamore Tree, BO du trailer de la saison 6 de American Horror Story. Neuf titres en anglais où plane un peu de mélancolie, sur des productions de quelques pointures, parmi lesquelles BADBADNOTGOOD, Kaytranada ou encore Tyler The Creator.

 

https://www.youtube.com/watch?v=wAaE8CmOf9k

 

Les années suivantes continuent d’être fastes. Kali Uchis sort son deuxième album, Isolation, toujours plus audacieux, à la liste d’invités toujours plus démentielle : Thundercat à la basse sur Body Language, bossa-nova lancinante, Jorja Smith sur Tyrant, aux accents reggae, ou de nouveau Tyler the Creator, sur After the Storm. A coté de ces featurings, les morceaux où Kali Uchis est seule sont loin de faire pâle figure. On retient le jazzy et dansant Your Teeth In My Neck, le tube imparable Dead to Me, ou encore la sensualité de Killer.

 

https://www.youtube.com/watch?v=ZMm-M3Y1ISI

 

Son dernier album, Sin Miedo (del Amor y Otros Demonios) ∞, Kali Uchis démontre son excellence pop, sa maîtrise du mélange espagnol - anglais et son éclectisme musical. Des instrus hip hop, lourdes, de fue mejor et ¡ aquí yo mando ! (duo à la Thelma et Louise avec Rico Nasty), en passant par l’ambiance très Portishead de vaya con diós, jusqu’au reggaeton de te pongo mal (prendelo), c’est toute la gamme de l’indépendance et du souci de soi que déploie la chanteuse. Finie le standard des ballades pop qui pleurent l’amour perdu : Kali Uchis sait ce qu’elle veut, et ce qu’elle ne veut pas, c’est avoir des comptes à rendre.


Jessica Pratt, ange folk

Après 3 albums intrigants, Jessica Pratt continue d’être discrète, distillant sa musique avec autant de parcimonie que de classe. Portrait d’une artiste exigeante et pas si rétro qu’on ne le croit.

 

Jessica Pratt, ange folk

 

On sait peu de choses de la jeunesse de Jessica Pratt, née à San Francisco, installée à Los Angeles. Elle a vraisemblablement appris la musique en autodidacte, avec le matériel de son frère et de sa mère, jouant sur des albums de T-Rex, et écoutant les cassettes cotonneuses de Leonard Cohen, Tim Buckley, et d’autres groupes moins folk, comme The Gun Club. Pour l’écriture, un passage par la Beat Generation et par les hallucinations de Bob Dylan, avant d’en revenir : Jessica Pratt préfère l’élusif à la profusion d’images, la fable au monologue délirant.

Son premier album, sorti en 2012 avec l’aide de Tim Presley, membre actif de la scène de San Francisco avec White Fence ou Ty Segall, porte son nom et pose les bases de la signature de la musicienne. Des arpèges complexes à la guitare classique ou acoustique, une voix légère et virevoltante, une esthétique analogique assumée : bruits de magnéto et souffle analogique. Cette nouvelle venue, qu’on compare bien vite aux monstres sacrés de la folk des années 1960, Joni Mitchell, Joan Baez, Paul Simon, reçoit un accueil enthousiaste de la critique.

 

https://www.youtube.com/watch?v=BjHtd3u0E14

 

Son deuxième album, On Your Own Love Again, sorti en 2015, voit arriver un son un peu plus lumineux, de discrets arrangements de percussions, de cordes, et le choix définitif de la guitare à cordes en nylon. Des chœurs, plus nombreux, plus aériens encore, viennent renforcer la magie intemporelle de l’album, et appuyer une qualité d’écriture remarquable. Dans Moon Dude, berceuse énigmatique, elle chante : Moon dude, you can try the weight / Of your body now in outer space / In time, you can cast a gaze on our planet lines”. 

Un sens de la mélodie formidable, tournoyant, servant à merveille une voix angélique, élastique, au vibrato subtil et expressif.
Sur Quiet Signs, son dernier album, c’est l’apogée : les chansons tournent presque à la musique de chambre, le baroque s’invite dans l’harmonie, on y trouve des synthés, des nappes de cordes cinématographiques, des chœurs encore plus travaillés, plus aigus, plus complexes. La production, toujours aussi chaleureuse, donne une plus grande cohérence à cet album ambitieux. 

 

https://www.youtube.com/watch?v=1HbqLhmsN0A

 

Et en live, la magie opère aussi. En novembre 2019, sur la scène du Point Éphémère, elle ne dit ni bonjour, ni au revoir. Elle se pose là avec sa guitare, entame “Opening night”, accompagnée par un clavier, et la salle se tait. L’heure et demie de concert est un rêve, Jessica Pratt est auréolée par les projecteurs, le silence est religieux. Les applaudissements sont presque de trop : personne ne veut troubler ce moment hors du temps, dont on sort étourdi, comme envoûté.


Charlotte Day Wilson, la classe canadienne

"It’s gonna take a bit of work / Oh-oh, work". C’est par ces mots de sagesse, à contre-courant de la fulgurance, que Charlotte Day Wilson entre dans le cercle des musicien.ne.s qui ont un tube à leur actif. Portrait d’une patiente constructrice d’un son et d’une discographie riche et irréprochable.

 

Charlotte Day Wilson, la classe canadienne

 

Native et habitante de Toronto, on sait peu de choses sur l’enfance de Charlotte Day Wilson, sinon qu’elle écoutait du jazz avec ses parents, et qu’elle a commencé le saxophone autour de 13 ans, instrument encore présent sur ses morceaux, et sur scène. Peu de chose sur ce passage mystérieux entre l’enfance et l’âge adulte, sinon qu’elle a entamé puis quitté des études de musique à Halifax, a tourné avec un groupe de funk, The Wayo, fait un passage par Montréal puis est retournée à Toronto, où elle a commencé à travailler sérieusement sur sa propre musique, et a rencontré BADBADNOTGOOD, et Daniel Caesar, amis et collaborateurs, encore à ce jour.

C’est lentement, avec patience et minutie, que la canadienne a construit son son, son identité de productrice. Un premier EP, CDW (2016), dont est issu Work, pose les bases de sa signature : une voix grave, au timbre doux, au vibrato vulnérable, proche de celui de James Blake, et aux inflexions délicieusement soul. Des morceaux downtempo, lancinants, ponctués par un piano, un synthé, un saxo parfois, et des chœurs entremêlés, venimeux, sublimes. Le genre qui fait s’asseoir, se taire, écouter avec un air grave.

 

https://www.youtube.com/watch?v=nLSzWNS5PC4

 

Deux ans plus tard, deuxième EP, aux prods plus sophistiquées, au titre ambivalent. Sur les 6 titres de Stone Woman, Charlotte Day Wilson déroule les méandres de la dissociation émotionnelle, à travers la rupture, le deuil, le doute. De l’incantation désespérée, sur une prod vaguement expérimentale (Stone Woman), à des ballades R&B classiques et terriblement classes (Doubt), et des lamentations au groove subtil mais implacable (Falling Apart), la chanteuse et productrice fait la démonstration, sans prétention mais tout en confiance, de sa maîtrise d’elle-même et de sa musique.

 

https://www.youtube.com/watch?v=3DsRSeB4yRw

 

L’album est en préparation, mais pour patienter, Charlotte Day Wilson a laissé deux merveilles : Mountains, puissante et glorieuse, et Take Care of You, une ballade R&B old school, en featuring avec la chanteuse de hip hop Syd, ancienne comparse de Tyler the Creator dans le collectif Odd Future. Sans compter une collaborations avec Kaytranada et un sample d’un de ses morceaux dans l’EP Before de James Blake, fin 2020.

Une reconnaissance grandissante et méritée pour une musicienne qui a la patience de ses ambitions.


Sevdaliza, étrange élégance

Sensuelle, insaisissable, étrange : Sevdaliza vient de sortir Shabrang, son deuxième album. Hardies vous explique pourquoi vous ne pouvez pas vous passer de l’écouter. 

 

Sevdaliza, étrange élégance

 

Sevda Alizadeh est née en Iran, d’une famille multiculturelle, et a émigré aux Pays-Bas avec ses parents à l’âge de 5 ans. Elle cite souvent ses héritages familiaux multiples en influence, en particulier son héritage perse, et sa trajectoire d’émigration, qu’elle mobilise dans sa musique et ses visuels. De son parcours personnel, il nous faut souligner son rapport à la souffrance, influencé par la fibromyalgie qui lui a été diagnostiquée (maladie d’origine neurologique, associée à une fatigue chronique intense et des douleurs récurrentes), et qui la pousse à s’exprimer sur des questions de guérison, de rapport au corps et à soi.

Promise à une carrière internationale de basketteuse professionnelle, elle finit par faire le choix de la musique, et sort un premier single en 2014, Backseat Love, repris sur son premier EP, The Suspended Kid”, puis Children of Silk, sur son propre label, “Twisted Elegance”. Un clin d’oeil à la chanson de Janet Jackson, sur l’album The Velvet Rope, que Sevdaliza cite comme une de ses références majeures. Certains titres se retrouveront d’ailleurs sur son premier album, ISON, sorti en 2017, un chef d'œuvre époustouflant de maîtrise.

 

Premier titre, première claque. Shahmaran fait éclater aux yeux du monde la signature de Sevdaliza : une voix envoûtante, sensuelle, des textes faisant entrer en collision l’intensité de l’amour et de la souffrance, des cordes lancinantes adeptes du demi et du micro-ton (harmonies venues de la Grèce Antique et typiques de certaines musiques traditionnelles du Moyen-Orient), des beats rappelant le trip-hop et la trap, des visuels surpuissants, et une impression générale d’être en présence d’une personne plus qu’humaine, à la féminité étrange. La pochette illustre également cette porosité des frontières : un masque à l’effigie de la chanteuse coiffe un buste de celle-ci, signe de dualité, mystérieux. Un album incomparable, total, hybride, terriblement talentueux.

 

https://www.youtube.com/watch?v=2uMsLPlPfJo

 

Après un EP en 2018, The Calling, Sevdaliza a sorti cette année son deuxième album, Shabrang. Le son de l’album est semblable au précédent, quoique plus affirmé et avec une utilisation plus créative encore de l’autotune et du pitch, comme sur Human Nature, où la voix se fracasse sur les aigus, rendant le tout d’autant plus tragique. Sevdaliza se fait également plus politique sur son identité iranienne : sur Oh My God, elle évoque la guerre économique entre les Etats-Unis et l’Iran, et sur Gole bi Goldoon, elle reprend un classique d’une chanteuse iranienne, Googoosh. Joanna est un climax de vulnérabilité magnifique, Lamp Lady une ballade lancinante sur le thème du destin. Les clips sont également somptueux, du noir et blanc sculptural de Habibi jusqu’à ce rodéo sensuel et bionique dans Rhode.

 

https://www.youtube.com/watch?v=uFkgrmkcCVk

 

Sevdaliza s’impose ainsi comme une voix qui compte, un projet étonnant d'assurance et de maturité, original et puissant. Une artiste qui n’a sans doute pas fini de nous impressionner. 

 

A voir : live Arte au Musée des Arts et Métiers.


Extraa, leçon de pop

Il y a deux ans, Hardies soulignait la naissance d’un duo pop à la délicatesse intemporelle, Melody Says. Depuis, deux musiciens sont venus s’y greffer, et le 10 avril dernier, Extraa sortait son premier album, “Baked”. Chronique.

 

Extraa, leçon de pop
© Ella Herme

 

Il ne pouvait y avoir d’autres lieux de naissance que Londres, puis Paris, pour ce quatuor élégant et espiègle. Car ce qui frappe, d’abord, dès les premiers titres de “Baked”, c’est cette perfection pop, ce son si fidèle aux fondatrices années 1960, à Liverpool, puis Londres. Extraa évoque inévitablement les Beatles, période Magical Mystery Tour, pour les synthés rétros et les choeurs rêveurs. Londres, donc, pour ce classicisme pop.

Puis Paris : la rencontre d’Alix (chant) et Antoine (batterie) avec leur Paul Mccartney (Pedro, à la basse) et leur George Harrison (Thomas, à la guitare), et surtout Alexis Fugain, le chanteur de Biche, qui a produit l’album (qui de mieux placé, en vérité ?). Un passage, donc, par la pop psychédélique française, par les années 1970 aussi, delay, reverb et flanger…

On se laisse donc doucement bercer par les 9 titres de ce premier album racé et précis, mais totalement décontracté. La voix enfantine, presque androgyne de la chanteuse nous promène à travers des rêveries hallucinées et des histoires de coeur, parfaitement accompagnée par des choeurs sucrés. On devine sans peine le plaisir partagé par le groupe de jouer ensemble de telles chansons, enregistrées à l’ancienne, on l’imagine, magnétos à bande et reverb à vrais ressorts. L’album est à l’image du clip de “A flower and a man”, réalisé par Mansour Aoun : il met le monde en pause, et nous garde béats, pendant quelques minutes.

 

https://youtu.be/emCPpwZDPYU


Spinning Coin en concert le 3 novembre à Main d'Oeuvres

2 places à gagner pour exploser les limites de la pop grâce à Calendar Days et Mains d'Oeuvre, chez Mains d'Oeuvre ce samedi 3 novembre.

Spinning Coin en concert le 3 novembre à Main d'Oeuvres

Trois groupes : Spinning Coin et leurs guitares brumeuses (indie pop, Glasgow), Tapeworms et leurs guitares fumeuses (shoegaze, Lille), Chiens de Faïence et leurs guitares euh... (pop lo-fi, Paris). La soirée indie-quelque chose à ne pas manquer.
Pour participer, c'est simple, envoyez un mail à concours@hardies.fr avec un petit mot sympa.


Thérapie Taxi : chronique du sale

Squatteur des affiches de festivals depuis un an, Thérapie Taxi se devait de passer sous le radar de Hardies, où l’on aime écouter des groupes français aux noms consistant à accoler deux mots n’ayant rien à voir l’un avec l’autre. C’est chose faite.

 

Thérapie Taxi : chronique du sale
Thérapie Taxi - © Julie Oona - De gauche à droite : Raphaël Faget-Zaoui, Adélaïde Chabannes de Balsac, Renaud Bizart

 

Première salve envoyée sur le périph saturé de la “French pop” par le trio parisien, cette trilogie du “Hit sale”, annonçant le fil conducteur de ce qu’il est difficile d’appeler démarche, du groupe. Concept racoleur recyclé jusqu’au vomi, le “hit sale” semble être une exploration désabusée de la déprime urbaine consistant à baiser, s’aimer, se détester, s’insulter, boire, se défoncer, être dans le mal, se taper, re-baiser, tout ça en réponse à un malaise existentiel profond et à l’impossibilité d’aimer. Bref, du sale. Martyrs de Pigalle (quartier qui vivra l’affront de se voir dédier une chanson dans leur premier EP), cherchant une échappatoire dans la fête et le sexe.

Du sale, c’est sûr, cette “pop crasseuse” qui se revendique en-dehors de la norme, avec comme influence “toute la musique contemporaine française, [...] un saladier (lire : sale-adier) sans fond dans lequel on peut puiser” (Raph, guitariste et chanteur). Soyons clairs : la seule chose anormale au radar est la voix de la chanteuse, Adé, dont la production ultra lourde du disque n’arrive pas à cacher ni les fausses notes, ni les fins de phrases étouffées dans un “mm” suspect. Oui, celui là-même qui tente de masquer l’impossibilité de tenir des voyelles : le défaut de base du chanteur débutant. A part cet inconvénient majeur, rien d’inattendu : une soupe électro-pop-rock dansante (faux genre musical qui deviendra bientôt une page Wikipédia grâce à Thérapie Taxi, Corine, Angèle et consorts), qui mange à tous les râteliers du succès, sans oublier d’emprunter quelque milliers de vues au rap grâce à Roméo Elvis en feat sur “Hit Sale”, des paroles “explicites” et un parlé-chanté approximatif.

Un sale déficit d’inspiration, aussi : outre le recyclage de la scansion déjà utilisé sur “Pigalle” et “Adena” (deux titres de leur EP) dans “Hit Sale” et “Anti Hit Sale”, Thérapie Taxi tourne fâcheusement en rond sur son vocabulaire et sur les sujets abordés dans les 14 titres de leur (trop) long premier disque. S’aimer et souffrir et se faire salement du mal (“J’en ai marre”, “PVP”, “Salop(e)”), baiser (“Cadence”), s’évader loin du sale (“Transatlantique”) et baiser (“La proue”), sortir dans les soirées parisiennes et faire du sale (chercher sa dose et taper quelqu’un dans “Cri des Loups”, affronter un videur dans “Superstar”, se mettre mal dans “Coma Idyllique” et “Crystal Memphis”, ) et avoir envie de baiser (“Hit Sale”). Enfin, pour justifier d’avoir ériger le sale en mode de vie : les deux chansons fragiles de la fin du disque, “Zarba” et “Anti Hit Sale”, ultime dramatisation du fêtard parisien qui se rappelle, bourré, au milieu de la nuit, que cette ville est laide et que sa vie n’a pas de sens.

Le sale, finalement, comme volonté de subversion. En témoigne le clip (tentant d’être) provocateur de leur dernier titre, “Avec ta Zouz”, où les trois fossoyeurs du talent chantent l’adultère dans une église, en habits de messe. Malheureusement pour eux, des générations d’enterrements de vie de jeune fille ont mis les robes de bonne soeur et les soutanes en top des ventes des magasins de déguisements. Moins choquant que d’entendre une chanson commencer par “N’aie pas le seum / Fais-moi la bise”.

Mais lorsque la tentative de choquer atteint l’insulte tout en esquivant l’intelligence, dommage, voilà sous nos yeux la vacuité totale de la démarche. Dans “Salop(e)” : “Tu te fais tourner comme une MST dans une partouze de gays” (phrase ensuite retirée de l’album, mais le mal est fait) : facile d’aligner les gros mots, plus dur d’être aussi subversif que ceux qui n’ont pas besoin de faire du sale pour être marginaux.


Dernières moissons du Pitchfork Music Festival

Retour aux choses sérieuses : le Festival Pitchfork 2018 aussi fait sa rentrée, et annonce les derniers noms de la Grande Halle. Toujours avec la volonté de faire coexister sur l’affiche vieilles légendes pas encore rouillées, références autant obscures qu’inratables et nouvelles sensations indés, les derniers invités complètent un tableau déjà très varié.

 

Dernières moissons du Pitchfork Music Festival
Yellow Days

 

Jeudi 1er novembre, Yellow Days viendra faire le pendant mélancolique de Mac DeMarco, 1er artiste de la soirée, tandis que Cola Boyy fera danser les plus courageux en clôturant la soirée par sa disco nasillarde. Entre les deux, une brochette de vieux roublards plus en forme que jamais : Etienne Daho, John Maus, The Voidz - formé par l’ex-chanteur des Strokes.

Vendredi 2, Kaytranda, jeune DJ canado-haïtien, remplacera Fever Ray - qui vient d’annuler sa tournée d’automne. On troquera alors le gothique pour commencer la soirée en ondulant doucement en attendant la relève lo-fi, Car Seat Headrest, et le girl band féministe Dream Wife. Tirzah, 4ème nouveau nom du festival, viendra répandre sa pop distordue dans la Grande Halle, avant le final acidulé de Lewis OfMan et Boy Pablo. Sans oublier de s’épuiser sans compter sur la musique de club de Bagarre.

 

Dernières moissons du Pitchfork Music Festival
Bagarre - © Pierre-Emmanuel Testard

 

Samedi 3, grande messe des platines entrecoupée de trois sérieuses vagues de guitares électriques - dont Michael Rault, canadien surprise de la soirée. Après le récital de celui qu’on ne présente plus, Bon Iver, Daniel Avery inondera le festival de sa techno raffinée, tout comme Avalon Emerson, en fin de soirée. Muddy Monk, dernière surprise de la programmation, achèvera la séquence électro en distillant sa pop douce et entêtante avant de céder sa place à la cadette Snail Mail.